Quel bilan tirez-vous de l’immobilier belge en 2017 ?
 

Serge Fautré : « On sent de belles évolutions : on commence à mettre au centre des préoccupations des villes de demain davantage de mixité, une meilleure qualité de vie et un enrichissement social. Il y a beaucoup d’idées, d’ambitions et de projets, mais maintenant, il va falloir obtenir des résultats. Là où le bât blesse encore trop souvent, c’est au niveau des lenteurs, à la fois dans la prise de certaines décisions, la problématique des recours dans notre pays et, parfois, dans l’exécution de certains marchés publics. Je vois deux challenges : mieux faire collaborer les secteurs public et privé et, ensuite, faire aboutir les grands projets. »

 

Le marché belge a pourtant connu un nombre record de transactions en 2017...
 

S. F. : « Cela reflète l’intérêt des investisseurs et cela vaut comme indicateur de confiance. Mais le volume de transactions n’a absolument rien à voir avec ce qui doit être au cœur de nos préoccupations : l’avenir économique et social de nos villes, au sens très large. Le véritable indicateur que j’aimerais voir, c’est combien d’entreprises ont décidé de quitter Amsterdam ou Londres pour venir à Bruxelles, combien de jobs et d’écoles nous avons créés, dans quelle mesure nous avons modernisé notre outil universitaire, comment nous avons enrichi notre offre culturelle, etc. »

 

Comment évoluent les différents segments de l’immobilier ?
 

S. F. : « Plusieurs villes, dont Bruxelles, connaissent une démographie grandissante. Donc, il y a continuellement un déficit d’offre par rapport à la demande en matière de logements. Mais il est très important que ces derniers soient correctement localisés et à un prix abordable. Concernant le nombre de magasins dans nos villes, on a probablement atteint certaines limites. Pour les bureaux, il y a aujourd’hui un petit déficit en surfaces de qualité ; une part importante de notre parc est devenue obsolète. Il y a un certain nombre d’opportunités à Bruxelles, à Anvers et dans d’autres villes "satellites". Il y a aussi une demande pour de grandes plateformes logistiques et de l’infrastructure. »
 


 

Quel regard portez-vous sur des niches comme le logement étudiant ou les maisons de repos ?
 

S. F. : « Par le passé, il n’y avait aucune offre professionnelle de logements étudiants. Aujourd’hui, elle existe, mais j’aurais beaucoup de tristesse à voir disparaître l’offre des fameuses "kotmadames", parce que c’est socialement très stabilisant de permettre à des personnes de mettre une partie de leur logement à la disposition d’étudiants. De même, le marché a répondu à la demande de maisons de repos ces dix dernières années, mais aujourd’hui, les taux d’occupation, notamment en Région bruxelloise, ne sont plus à 100 % comme il y a quelques années. »

 

Quel type de bien a aujourd’hui la cote, selon vous ?
 

S. F. : « Le logement à prix abordable et de bonne qualité. Notre pays ne s’est pas subitement enrichi. Les gens ne doivent pas être obligés de réduire leurs surfaces de manière excessive pour pouvoir trouver un logement. Nous avons la chance d’avoir des promoteurs qui construisent très bien en Belgique, mais ce qui me fait peur, c’est que si on réduit trop les surfaces, on crée des zones qui vont engendrer de la tension sociale plutôt que de l’harmonie. La seule réponse, c’est l’offre pour rencontrer la demande et éviter l’emballement des prix. »

 

D’après votre expérience, comment s’orientera le marché dans les prochaines années ?
 

S. F. : « La tendance vers le développement durable, n’en parlons même plus, c’est déjà là ! L’avenir va vers des créations ou des transformations de quartiers en zones mixtes qui assurent davantage de sécurité et facilitent les besoins de mobilité. La création d’espaces de coworking est un autre phénomène intéressant pour les gens qui veulent résoudre une partie des problèmes liés à la mobilité, mais on s’apercevra que cela a ses limites : une société ne vit que parce que les gens se réunissent et se parlent pour partager l’objectif commun de l’entreprise. On aura donc un marché avec des acteurs capables de proposer ces produits mixtes. »