Quel regard portez-vous sur les marchés obligataires actuels ?
 

Thomas Péan : « Nous sommes entrés dans une phase qui restera relativement compliquée au cours des 30 prochaines années. A l’inverse, en termes de rendements, les 30 dernières années ont été très fastes, en particulier les 5 dernières pour les créanciers, qui ont beaucoup mieux gagné leur vie  que les actionnaires. On a assisté à une explosion du marché, que ce soit pour la dette souveraine ou la dette des entreprises. Aujourd’hui, la rémunération sur les emprunts d’Etats s’échelonne de 0 à 1 % selon les maturités. Les emprunts corporate en Europe sont également très mal rémunérés, que ce soit pour les obligations Investment Grade - en moyenne 0,8 % - ou High Yield - en moyenne moins de 3 %. Aujourd’hui, les stratégies de portage jusqu’à échéance - « Buy and Hold » ou « Acheter et garder » - ne fonctionnent plus. On ne peut pas prétendre atteindre des rendements satisfaisants avec une gestion directionnelle, compte tenu des risques de crédit et de retour de l’inflation. »

 

Comment en est-on arrivé là ?
 

T. P. : « Ces dix dernières années, les banques centrales ont mené des politiques monétaires très accommodantes. Les créanciers ont connu une période faste parce que les taux d’intérêt n’ont fait que baisser et qu’en dernier recours, il y avait comme acheteurs la Réserve fédérale - la Fed - aux États-Unis et la Banque centrale européenne - la BCE - en Europe. A la suite de ces politiques mises en place à partir de 2008 pour relancer l’économie, La croissance de chacune de ces zones a mis énormément de temps à revenir. Aujourd’hui, aux Etats-Unis, l’inflation et la croissance économique tournent autour de 2 %. »

 


« A la recherche de rendements, les investisseurs ont fortement privilégié les investissements obligataires de moins bonne qualité ou bien sont allés chercher des maturités plus longues. »


 

« Depuis l’an dernier, la Fed a fait volte-face : elle a adopté une politique plus restrictive, d’abord avec l’arrêt des quantitative easing - « l’assouplissement quantitatif » -, c.-à-d. le rachat massif aux acteurs financiers de titres de dettes, soit des bons du trésor, soit des obligations d’entreprises. Les banques centrales suivent des cycles de trois à quatre ans pour remettre les taux d’intérêt à des niveaux « normaux ». A l’échéance 2019, ils devraient être de l’ordre de 2,75 à 3 % pour la Fed. Pour la BCE, ce sera plus long : elle est encore en phase d’assouplissement quantitatif et les premières hausses de taux n’arriveront certainement que l’année prochaine. Toutes ces liquidités ont certainement participé au gonflement de la bulle sur les marchés obligataires en Europe. »

 

Comment les fonds obligataires traditionnels ont-ils réagi ?
 

T. P. : « A la recherche de rendements, les investisseurs ont fortement privilégié les investissements obligataires de moins bonne qualité ou bien sont allés chercher des maturités plus longues. Pour atteindre 3 à 5 % de rendement aujourd’hui, vous ne pouvez plus constituer de portefeuille obligataire de bonne qualité. Certaines sociétés de gestion proposent des fonds de crédits avec des ratings majoritairement High Yield (fonds à échéances). DNCA Finance ne souhaite pas proposer cela à ses clients étant donné que les primes de crédit sont aujourd’hui mal rémunérées. L’agence Moody’s a calculé que sur un panier d’obligations notés simple B –,  pour une rémunération inférieur à 5 %, sur une maturité moyenne de 5 ans - équivalente à la maturité moyenne du gisement -, le risque de défaut est de 28 %. »

 

Dans ces circonstances, que proposez-vous ?
 

T. P. : « En respectant le profil de l’investisseur et dans la mesure où celui-ci ne souhaite pas dynamiser son portefeuille - en sélectionnant un fonds mixte ou un fonds action par exemple -, nous l’invitons à s’intéresser à notre solution de fonds de performance absolue obligataire. Si les épargnants classiques achètent généralement des obligations en fonction du rendement qu’elles procurent, et les conservent en portefeuille jusqu’à leur maturité, le contexte actuel du marché nous pousse à adopter une stratégie davantage proactive. Elle consiste à capter la volatilité du rendement des obligations durant leur vie. »

« La stratégie repose sur un process top down. Il repose lui-même sur quatre piliers d’analyse macroéconomique : la croissance, l’inflation, la politique monétaire et la politique budgétaire. Une fois les zones géographiques attractives décelées, les gérants utilisent alors un modèle de valorisation intitulé R.A.T.P. - pour Risk Adjusted Term Premium. Il s’agit d’un outil permettant d’évaluer si le rendement escompté d’un placement est suffisant pour supporter son risque induit. Il se traduit mathématiquement par le surplus de rendement supérieur par rapport au taux 3 ans, rapporté à la volatilité historique du sous-jacent. Le fonds privilégie donc à ce jour les obligations d’Etat de la zone euro ainsi qu’australiennes, au détriment des obligations américaines et anglaises qui, elles, figurent parmi les positions short du fonds. »