Au Royaume-Uni, de leur propre aveu, les partisans du Brexit ne croyaient pas qu’ils sortiraient vainqueurs du référendum de l’été. Aux Etats-Unis, l’immense majorité des sondages et le consensus de la presse prédisaient une victoire de Hillary Clinton lors des présidentielles. Dans les deux cas, les prédictions ont été démenties. Le climat politique actuel est devenu illisible. Cette imprévisibilité nous amène à reconsidérer sous un jour nouveau les échéances électorales qui se profilent en Europe. En Italie, Matteo Renzi a conditionné sa survie politique à un référendum sur une réforme électorale avant la fin 2016. Aux Pays-Bas, en Allemagne et en France, auront lieu des élections cruciales l’an prochain.

Impact

Quel sera l’impact de ces mutations sur l’économie ? Jusqu’ici, les marchés financiers américains ont fait montre d’un comportement erratique. Dans le même temps, alors que l’Europe patine, la croissance économique est repartie plus vite outre-Atlantique ; le taux de chômage, de 5 % environ, y est à un niveau plancher. A telle enseigne que l’économie du pays de l’Oncle Sam pourrait ralentir à la sortie de l’ère Obama, tandis que la politique de Trump est susceptible de la relancer à nouveau. Autre élément significatif : tandis qu’avant les élections, les marchés partaient à la baisse, tant ils s’inquiétaient de l’élection d’un « électron libre » aux politiques imprévisibles, la victoire de Trump a poussé Wall Street à battre tous ses records. Pour rassurer, il aura suffi d’un discours de victoire moins incendiaire que ses propos de campagne.

Ce comportement des marchés financiers s’explique aussi par le fonctionnement même de ceux-ci : la baisse du marché des actions préalable à l’élection de Trump correspondait aussi à un seuil d’intervention. A l’heure actuelle, les actions des compagnies américaines sont relativement chères. Dès qu’on enregistre une baisse de l’ordre de 5 %, des opérateurs choisissent de se relancer sur l’achat d’actions, parce qu’il y a des opportunités de gains. Dans la foulée, il y a eu un renforcement de la tendance, partiellement irrationnel. A court terme, une politique de relance économique via un programme de rénovation et de construction d’infrastructures apparaît aussi comme rassurant. A plus long terme, la perspective d’une politique protectionniste, qui aurait un impact négatif sur les échanges internationaux, et la possibilité d’une flambée de l’inflation apparaissent comme des risques non négligeables. Le dollar pourrait se renforcer et exercer un effet négatif sur les exportations américaines. En dépit de ces éléments, à court terme, les marchés financiers ont choisi de s’enthousiasmer sur les perspectives de croissance plutôt que se racrapoter sur les risques potentiels.

Investir dans les économies américaine ou anglaise

Pour le Brexit, les marchés, qui anticipaient un maintien du Royaume-Uni au sein de l’UE, ont d’abord réagi négativement aux résultats des urnes, avant de se réaligner relativement vite sur des positions moins pessimistes. L’impact du Brexit, dont personne ne mesure l’amplitude pour l’avenir et même ne sait s’il se concrétisera réellement, se marquera toutefois essentiellement au Royaume-Uni et moins ailleurs en Europe. Le coût du Brexit pour l’économie anglaise est aujourd’hui estimé à 60 milliards de livres sur cinq ans.

A court terme, investir dans les économies américaine ou anglaise apparaît hasardeux. Du côté des gouvernants européens, peut-être évoluera-t-on vers des politiques de relance. Du côté de la Banque centrale européenne, la politique monétaire a certes limité la casse mais elle atteint aujourd’hui ses limites. Du côté des populations, l’insécurité économique les amène à privilégier des options politiques inusitées jusqu’ici ; à leur tour, celles-ci pourraient engendrer plus d’incertitudes encore pour l’économie et les marchés. Mais ceci pourrait tout de même donner des opportunités aux investisseurs.

 

écrit en collaboration avec Luc Aben, Chief Economist chez Van Lanschot