Quel regard portez-vous sur l’évolution actuelle des marchés financiers ?
 

Bruno Colmant : « Depuis un an, les marchés sont plutôt stables : ils ont une bonne capacité de résilience pour absorber les chocs géopolitiques. C’est sans doute dû au fait que l’économie est tellement mondialisée, globalisée, que tout événement se dilue dans les marchés financiers. Il y a bien entendu toujours une variable qui reste une inconnue : le montant de la dette globale privée et publique. Nous sommes face à une situation paradoxale : d’un côté, la dette est en forte expansion ; de l’autre, les taux d’intérêt restent extrêmement bas. »

 

Face à l’endettement excessif, comment réagissent les banques centrales ?
 

B. C. : « Elles sont obligées d’avoir du tact. À partir du moment où elles ont commencé à imprimer de la monnaie en acquérant des obligations essentiellement publiques, les banques centrales sont devenues, un peu malgré elles, des acteurs de marché très importants. Maintenant, toute décision, même mineure, des banques centrales peut avoir des impacts très importants ou amplifiés sur les marchés financiers. Cela étant, quand on observe le langage des banques centrales, on constate qu’aucune d’entre elles ne dit vouloir augmenter fortement les taux d’intérêt. »


De nos jours, les grands problèmes de nos économies sont surtout des problèmes de gestion politique.
 

« Singulièrement en Europe, elles se montrent donc très prudentes, ne désirant pas envoyer un message trop sec aux marchés financiers. Á cet égard, ce qui se passe en Italie n’est pas du tout anodin ; à un moment donné, la banque centrale pourrait se trouver en position de devoir continuer à acheter des obligations italiennes, simplement parce que l’Italie commence à avoir un problème de dette publique. »

 

Ce sont les États que vous pointez du doigt, bien plus que les marchés…
 

B. C. : « Nous ne sommes plus face aujourd’hui à une économie de marché au sens traditionnel du terme, c’est-à-dire régie par des lois autonomes. Les banques centrales n’étant finalement pas indépendantes des États, ces derniers sont entrés dans les marchés. De nos jours, les grands problèmes de nos économies sont surtout des problèmes de gestion politique avec, entre autres, son lot d’endettement public, d’inégalités ou encore de refus d’une certaine Europe. Nous ne sommes plus dans les années 80 ou 90, où la finance s’imposait par sa seule efficience. La mauvaise gestion publique nourrit le populisme : les gens sont fâchés contre les États car ceux-ci se montrent incapables de les protéger contre les marchés. »

 

Comment ces marchés se comporteront-ils d’ici quelques mois ?
 


Les gens sont fâchés contre les États car ceux-ci se montrent incapables de les protéger contre les marchés.
 

B. C. : « Tout dépendra du niveau des taux d’intérêt, qui sera la variable critique. S’ils restent raisonnablement stables, il n’y a pas de raison d’avoir de catastrophes ; on pourra donc avoir des marchés très stables. Si, en revanche, les taux d’intérêt varient ou si le commerce international se voit perturbé par un Donald Trump agissant de manière inconsidérée, cela pourrait être plus difficile. »

 

En matière d’investissement, quels conseils donnez-vous aux particuliers ?
 

B. C. : « Si l’on veut investir à long terme, il faut être extrêmement diversifié et très paisible dans ses placements. Selon moi, le capital doit être constitué essentiellement en actions. Toutefois, à mesure que l’on approche de l’âge de la retraite, mieux vaut transformer son portefeuille en des actifs moins risqués. C’est là que le secteur de l’assurance a tout son rôle à jouer.  Je pense que dans les prochaines années, ce secteur sera celui qui se développera le plus du fait que les assurances classiques - hospitalisation, soins médicaux, etc. - seront de plus en plus complétées par de nouveaux produits d’assurance. »