Pourquoi tant de gens hésitent-ils à changer gestionnaire ?
 

Etienne de Callataÿ : « Car beaucoup se disent : "C’est simplement une mauvaise année. Si je change maintenant, je vais devoir acter mes pertes". Autre élément : on a choisi un gestionnaire sur la base d’une relation familiale ou amicale, et changer de gestionnaire est perçu comme une rupture. Troisième explication : les gens ne sont pas toujours conscients d’être mal servis. »

 

C’est-à-dire ?
 

E. d. C. : « Malgré les mesures prises par les autorités pour augmenter la transparence, le client lambda n’est pas toujours à même d’évaluer la valeur ajoutée de son gestionnaire par rapport à ce qu’il aurait eu ailleurs avec un profil de risque identique. Il faut donc s’informer et, au besoin, oser rouspéter sur les frais et oser changer de gestionnaire ! Même si vous décidez de rester, vous aurez des arguments pour amener le gestionnaire à vous faire une meilleure proposition. »

 

Quels sont les critères à tenir à l’œil ?
 

E. d. C. : « D’abord le critère de transparence : votre gestionnaire vous donne-t-il une estimation du rendement par rapport au portefeuille de référence correspondant à votre profil de risques ? À quoi vous compare-t-il ? Si c’est à un indice comme le Bel20 ou l’EuroStoxx, qui ne tient pas compte des dividendes, il flatte déjà son résultat de 3 %, sans aucune justification intellectuelle. Si votre portefeuille compte beaucoup de produits maison, par exemple des SICAV, c’est souvent un moyen de dissimuler des frais. Enfin, il faut toujours demander le T.E.R. - Total Expense Ratio -, le ratio des dépenses totales par rapport aux fonds gérés. S’il est supérieur à 1,4 %, il faut s’enfuir en courant ! »
 


 

Vers quels types de placements le gestionnaire oriente-il généralement son client ?
 

E. d. C. : « L’éthique impose de répondre aux besoins du client, mais certains gestionnaires sont incités à orienter le client vers des produits relativement standardisés. Ceux-ci ont l’avantage de la facilité, de l’économie d’échelle et de la rentabilité pour le gestionnaire. Au-delà de cette considération, la vue classique, c’est qu’il faut privilégier des actifs valorisables sur la base du flux de revenus qu’ils génèrent. Des actifs, comme des œuvres d’art, les antiquités, le vin ou l’or, sont très difficilement valorisables et très volatils. Le meilleur exemple est l’or, qui a la réputation d’être le placement du bon père de famille. Or, alors qu’il y a quelques années, il flirtait avec les 2 000 dollars l’once, il est aujourd’hui à moins de 1 300 ! »

 

Quel poids accorder aux considérations fiscales dans la construction d’un portefeuille ?
 

E. d. C. : « Un portefeuille construit prioritairement en fonction de contraintes fiscales risque fort d’être inapproprié, et en particulier dans la durée, vu que la fiscalité est, on le sait, très changeante. Regardez le brutal revirement en France sur la taxation de l’assurance-vie ! Ceci dit, ignorer totalement la fiscalité n’est pas raisonnable non plus : la fiscalité n’est pas neutre, avec certains types d’investissements plus taxés que d’autres. »

 

Comment la rémunération d’un gestionnaire est-elle établie ?
 

E. d. C. : « Le mode le plus répandu consiste en un pourcentage dégressif du patrimoine géré : le tarif sera d’autant moins élevé que le patrimoine est élevé. Sur ce principe se greffent des variantes. Ainsi, la pratique usuelle est d’avoir des frais de gestion plus élevés pour les investissements plus risqués, qui requièrent plus de temps d’étude. Dans ce cas, puisque c’est plus lucratif pour lui, le gestionnaire peut être tenté de prendre plus de risques. Il est aussi fréquent que le gestionnaire gagne sur chaque transaction faite dans le portefeuille, ce qui est également pernicieux. Et l’on rencontre aujourd’hui davantage de "performance fees", une rémunération liée à la performance de l’investissement. »