Quelle est la tendance principale dans l’évolution des métiers?

Jean-Claude Chalon : « Les métiers se densifient, les tâches se complexifient, les compétences nécessaires deviennent de plus en plus nombreuses. A l’avenir, le marché demandera plus de travail qualifié et moins de travail peu qualifié. La recherche des compétences techniques s’accompagnera presque partout de la recherche de compétences non-techniques. Le niveau de compétences attendu des employeurs n’arrête pas d’augmenter. »

Quelles sont les caractéristiques de cette évolution ?

J.-C. C. : « Chaque secteur d’activité est concerné par les évolutions réglementaires. Des métiers apparaissent par secteur. C’est le cas du ventiliste, par exemple. Avec la règlementation sur la performance énergétique des bâtiments, on s’attend à une demande de spécialistes dans la ventilation des bâtiments. Construire un système dans les règles de l’art implique la conception, la connaissance électrique poussée, de suivre les évolutions sur Internet, d’être capable de détecter les pannes, mais aussi d’apporter des solutions. Ce qui, hier, constituait deux métiers différents n’en sera plus qu’un demain. »

Comment vont évoluer les métiers ?

J.-C. C. : « A côté de plus de technicité, les métiers vont évoluer vers des fonctions de gestion pour limiter, entre autres, les risques. Les fonctions de coordination auront aussi le vent en poupe. Le travail d’équipe sera d’autant plus important que le domaine comporte de spécialistes. Les activités d’interface, comme le marketing ou le conseil, seront aussi importantes. Les métiers s’intellectualisent de plus en plus. La pratique des langues et le développement de réflexes en faveur de l’environnement représentent aussi des tendances. Il faudra travailler en mode projet, apprendre en permanence par soi-même et faire preuve d’autonomie, de polyvalence, de disponibilité. »

Quels seront les « nouveaux » métiers ?

J.-C. C. : « Ce seront essentiellement des métiers dont les contenus ont évolué, ou avec une augmentation potentielle de la demande des effectifs. Comme on a de plus en plus de métiers spécialisés, il est important d’avoir des métiers qui favorisent l’interdisciplinarité entre différents spécialistes dans une production. On voit de plus en plus de métiers où le travail d’équipe est vraiment important. On voit aussi des métiers d’interface : des technico-commerciaux, des métiers de conseillers, etc. »

Quels sont les métiers en demande ?

J.-C. C. : « Nous avons identifié des métiers qui tournent autour de la gestion, du contrôle de la mise en œuvre des dispositifs et de la limitation des risques. Le risk management se retrouve dans la plupart des secteurs. Plus particulièrement, dans le secteur de la santé : médiateur hospitalier, agent de liaison, coordinateur parcours patient… Dans celui de l’énergie : électricien de maintenance des systèmes photovoltaïques. Dans l’action sociale : chauffeur à tarif social, animateur spécialisé. En chimie et pharmacie : pharmaco-économiste, biostatisticien, technicien de production en culture cellulaire…

En construction : poseur d’isolant, courtier en travaux, entrepreneur en rénovation énergétique…  Dans l’aéronautique et le spatial : technicien en système d’usinage, responsable logistique… Dans les services TIC : expert en sécurité, développeur informatique, e-marketer… Dans l’alimentaire : responsable export, conducteur de lignes, responsable qualité… Dans l’automobile : mécanicien de véhicules particuliers, technicien MDA… Dans les services aux particuliers et aux entreprises : conseiller en insertion professionnelle, consultant en outplacement… En éducation et formation : instituteurs maternels et primaires, formateurs, enseignants de pratiques professionnelles… En finance, banques et assurances : conseiller clientèle ou patrimoine, actuaire, Risk Manager, fiscaliste avec une spécialisation juridique... »

Certains métiers deviennent aussi plus complexes…

J.-C. C. : « Certains métiers sont très techniques et s’intellectualisent de plus en plus. Avant, un menuisier n’avait pas besoin de piloter une machine à commandes numériques. Aujourd’hui, s’il fabrique des châssis, il doit pouvoir piloter une machine et la réparer si elle tombe en passe. Il faut connaître l’anglais pour lire le mode d’emploi. Pour la majorité des métiers techniques, on voit une intégration des connaissances. Il faut connaître les matériaux, les processus de mise en œuvre, la technologie et l’informatique apparaît comme omniprésente. Il n’est pas un secteur où l’informatique n’intervient pas. » 

En conclusion ?

J.-C. C. : « Dans un univers de plus en plus standardisé, les gens devront faire preuve de toujours plus d’autonomie, de faculté d’adaptation quand surgira un problème, de flexibilité, de disponibilité et de polyvalence. Dans le futur, on pourrait connaître des difficultés de recrutement si on ne parvient pas à adapter l’offre de formations. »