Bart Buysse
Directeur général de la Fédération des Entreprises Belges

À l’étranger, on se pose moins de questions. La Belgique est le seul pays où les allocations ne sont pas limitées dans le temps. D’autres pays – y compris les ‘pays modèles’ scandinaves avec leur flexisécurité – limitent les allocations dans le temps, souvent en fonction des cotisations payées au système par le travail, à quoi s’ajoutent une forte dégressivité et un suivi strict des chômeurs. Ces pays sont-ils considérés comme asociaux ? Sont-ils tous dans l’erreur ? Bart Buysse, directeur général de la Fédération des Entreprises Belges, nous explique.

 

Limiter les allocations dans le temps n’est pas asocial, laisser les gens au chômage oui. Nous devons tout mettre en œuvre pour activer les chômeurs et les orienter vers le travail. Le travail est la meilleure garantie en termes de pouvoir d’achat et de protection sociale. On est d’accord pour dire que la limitation de la durée des allocations ne créera pas de travail en soi. Mais elle permettra de combler plus facilement les emplois vacants, parmi lesquels on compte de nombreux emplois en pénurie. Car il y a des emplois disponibles, même sans diplôme ou sans expérience : la moitié des fonctions critiques vacantes n’exigent aucune expérience, plus de 60% d’entre elles ne requièrent pas de diplôme. Les employeurs ne trouvent pas les collaborateurs dont ils ont besoin, ce qui compromet la croissance et les opportunités. Le nombre de demandeurs d’emploi contraste avec les pénuries du marché du travail qui sont en grande partie la conséquence de l’inadéquation entre l’offre et la demande. La relance de la croissance économique et le vieillissement augmenteront encore le besoin de main-d’œuvre. Il faut donc que tout le monde soit sur le pont. Nous devons activer et utiliser au maximum la réserve de main-d’œuvre disponible, supprimer les pièges à l’emploi et orienter les chômeurs vers les emplois disponibles.

Système d’allocations activateur à deux composantes

Un système d’allocations activateur qui récompense le travail et tient compte des besoins du marché du travail peut comporter deux composantes. Une allocation de chômage dégressive dont le montant diminue sur une période de 3 ans par exemple jusqu’au niveau du revenu d’intégration auquel on a droit par la suite (avec évaluation des moyens et suivi et accompagnement par les services de placement régionaux). Les modalités (durée de l’allocation, dégressivité, niveau du revenu d’intégration…) peuvent être détaillées par la suite. Par ailleurs, une composante formation (complémentaire) : celle-ci récompense les efforts supplémentaires des chômeurs qui se réorientent et suivent à cet effet des formations orientées sur le marché du travail (par ex. pour les fonctions critiques) qui leur permettent de combler et d’accepter des emplois vacants. 

Les chômeurs reçoivent alors une allocation plus élevée pendant la durée de la formation, ils ont une perspective d’emploi et peuvent ainsi sortir du chômage. L’Onem et les services de placement régionaux peuvent définir ensemble les emplois et les formations pris en compte, ce qui permet de s’adapter à la diversité régionale.

L’assurance-chômage, un tremplin

Mettre les chômeurs rapidement sur la voie du travail est une opération gagnante pour eux, pour les employeurs et pour les pouvoirs publics. L’assurance-chômage devient ainsi un tremplin pour chacun. Les moyens libérés peuvent être utilisés pour promouvoir la création d’emploi et l’embauche, mais aussi renforcer le suivi et l’accompagnement des chômeurs. Pour limiter la perte de connaissances et d’aptitudes et améliorer l’employabilité. En exécution de la sixième réforme de l’État, le suivi et la formation des chômeurs relèvent entièrement de la compétence des régions. C’est une opportunité pour rectifier les procédures et actions. La conjonction d’un système d’allocations activateur, d’un suivi et d’un accompagnement rapprochés dès le premier jour de chômage et de mesures en faveur de la croissance et de la création d’emploi doit contribuer à remettre rapidement les chômeurs au travail.

Le chômage peut alors être comparé à un arrêt au stand où, après un check-up, des spécialistes nous aident à régler le moteur, faire le plein, changer les pneus pour repartir ensuite dans les meilleures conditions vers de nouvelles opportunités et de nouveaux défis. Nous pourrons ainsi réaliser la conversion de la sécurité d’emploi à la sécurité dans l’emploi, de sorte que le licenciement et le chômage ne constituent plus une menace, mais une transition vers un nouvel emploi. N’écartons donc pas cette piste, mais faisons-en une opportunité pour notre politique du marché du travail et du chômage.

Source: FEB