La Belgique compte pourtant quelques beaux exemples de réussite pour les encourager à tenter leur chance.

François Dethier et Renaud Pirotte ont créé et commercialisé la bière Curtius, qui vient tout juste de décrocher une prestigieuse Médaille d’or au Mondial de la bière, auquel participaient 150 brasseries venant de 26 pays à travers le monde !

Les débuts ont pourtant été modestes : « Nous avons fait des études dans le secteur agroalimentaire. Passionnés par la bière, nous nous sommes d’abord installés en 2009 dans le garage de François avec nos cuves, pour y effectuer des essais. Nous avons posé notre candidature pour obtenir une bourse de préactivité à la Région wallonne que nous avons obtenue en 2010 et qui nous a permis de réaliser une première étude de marché concluante, avec un positionnement jeune et une bière d’épicuriens, de dégustation haut de gamme.

Une fois le nom trouvé, le verre et l’étiquette conçus, l’instant de vérité a été le moment de se lancer corps et âme dans l’entrepreneuriat. Il fallait concrétiser tout ce qui se trouvait sur papier : quitter le travail qui nous avait permis de financer les premières étapes de notre projet, trouver un emplacement pour y brasser notre bière, etc. »

Aide au lancement

Mais trouver un siège d’exploitation n’a pas été chose aisée : « Le temps de dénicher un endroit adéquat et de négocier avec le propriétaire, il fallait ensuite compter plusieurs semaines pour intégrer les données dans un business plan et attendre la réponse d’une banque pour obtenir un accord préalable. Un délai trop important au cours duquel l’emplacement était souvent déjà loué quand nous revenions vers le propriétaire.

Une aide a été très importante pour nous : celle d’une agence de simulation, propriétaire publique de nombreuses zones artisanales de bâtiments, bureaux, etc., et qui, dans un projet d’aide aux jeunes entreprises, permet de réserver un emplacement disponible le temps du lancement de l’activité et de ne pas devoir financer le loyer les premiers mois, quand les lieux ne sont pas encore exploités pleinement. »

Rentabilité

Pour autant, encore faut-il rendre le projet rentable, comme l’explique Renaud Pirotte : « Même s’il fallait disposer d’un revenu pour payer le loyer et les dépenses quotidiennes, travailler en activité complémentaire dans ce secteur tout en gardant un autre emploi principal nous paraissait impensable, compte tenu des nombreuses contraintes inhérentes à cette activité de brasseurs. Pour garder une marge de sécurité, François s’est donc tout d’abord lancé seul dans l’aventure d’indépendant, avec pour objectif de déjà pouvoir dégager un salaire minimum, et je l’ai rejoint neuf mois plus tard.  Nous avons décidé d’opter pour la prudence et la sécurité pendant les trois premières années, en nous versant un petit salaire afin de ne pas mettre l’entreprise en danger. Ce qui rassure aussi notre partenaire bancaire qui est d’autant plus enclin à nous faire confiance, vu notre profil d’indépendants prudents. »

Quant aux ambitions futures, elles sont modérées : « Nous avons encore une capacité de croissance qui permettrait de pérenniser notre activité et diversifier notre clientèle. La conjoncture actuelle n’est pas des plus stables : la grande distribution connaît des difficultés et le secteur Horeca est en pleine mutation. Privilégier l’exportation serait donc une bonne chose et la Médaille d’or obtenue récemment devrait nous aider à nous faire connaître sur le plan international. »

Oser en parler

« Il ne faut jamais hésiter à parler de son projet : beaucoup de jeunes craignent de se voir dérober leur idée. Au contraire, dialoguer avec des acteurs du secteur afin de mieux cibler sa clientèle potentielle peut s’avérer déterminant ».

Par ailleurs, la Belgique pourrait encore améliorer l’entrepreneuriat des jeunes : « Expliquer à un jeune comment rédiger un bon CV et comment se comporter devant un employeur potentiel est certes important, mais on n’insiste pas assez sur le fait que ce même diplôme peut aussi permettre de lancer sa propre activité, ce qui pourrait susciter des vocations.

Par ailleurs, on se perd un peu dans la complexité et la diversité des aides fédérales et régionales. Une simplification serait dès lors bienvenue. »