Comment voyez-vous la place des seniors dans la société ?

Jacques Mercier : « On ne doit plus considérer la vieillesse comme la dégradation de la vie active qu’on aurait pu encore avoir, comme synonyme d’une petite pension, d’inactivité et de maladies. De nos jours, les seniors vivent une nouvelle vie. C’est l’occasion par exemple de poursuivre ou reprendre une activité comme le jardinage ou la cuisine, par pur plaisir. Personnellement, je me suis replongé dans la philosophie, les essais sur la vie et sur la mort, à travers une collection des philosophes en 25 volumes. Pris dans la vie active, je n’avais jamais eu l’occasion d’approfondir ces lectures. »

La transmission est également un élément important au crépuscule de la vie…

J. M. : « Effectivement ! La transmission est peut-être la chose la plus importante de la dernière partie de vie. Cela peut se faire de mille façons, entre autres via le bénévolat. Pour ma part, j’ai fait le choix d’écrire mes mémoires. Il faut avoir du respect pour les gens qui nous suivent ; quand on a beaucoup reçu de la vie, il faut donner à son tour. À la famille, bien sûr, mais aussi aux gens que l’on côtoie. Il faut beaucoup parler, expliquer et même devancer les questions. On a tous en tête une question que l’on aurait voulu poser à ses parents et que l’on n’a pas eu l’occasion de poser. Les grands-parents peuvent engager la conversation avec leurs enfants et petits-enfants. »

Quels sont vos projets ?

J. M. : « J’en ai bon nombre. Concernant mes mémoires, je ne me précipite pas : j’en suis à 500 pages… mais je ne suis qu’en 1986 ! Il y a donc encore du boulot ! Par ailleurs, je continue les activités que j’aime autour de la langue : durant quatre mois, j’ai rédigé une page à propos des nouveaux mots dans chaque numéro du Figaro ; je poursuis l’aventure de Monsieur Dictionnaire avec Philippe Geluck, dont une nouvelle série sera bientôt diffusée sur TV5 et à la RTBF ; je prépare des spectacles pour enfants autour des mots. »

Sans oublier vos autres passions, dont le chocolat…

J. M. : « Je viens effectivement de terminer un scénario pour une BD qui se passe dans le milieu du chocolat. Dans un autre registre, j’ai écrit un livre sur la fin de vie qui comprendra les expressions autour de la mort et de la vieillesse. Je viens aussi de participer à un reportage sur l’humour belge. Enfin, par générosité, je continue de répondre aux sollicitations, toujours avec ce souci de témoigner et de transmettre. Je n’oublie jamais que lorsque j’avais 14 ans, Jacques Brel m’a accordé ma première interview pour un journal scout ; cela a orienté toute ma vie et ma carrière. »

La vieillesse est donc une sorte de renaissance?

J. M. : « Tous les jours, on renaît. On ne renaît pas à partir d’une page blanche, mais bien avec ce que l’on est. Chaque jour, je me dis : « Restons attentifs et émerveillons-nous ! » »

 

 

« Toute une vie d’amour »
Le dernier livre de Jacques Mercier, « Toute une vie d’amour », est le témoignage d’une vie de couple en dix moments-clés : le coup de foudre initial, la naissance du premier enfant, les joies et troubles de l’adolescence, la vie à deux après le départ des enfants, etc. Conseillère conjugale, la fille de l’auteur commente ces différentes séquences. Sorte de guide pratique de la vie amoureuse, cet ouvrage suggère bien des pistes pour assurer le mieux-être dans la relation de couple. « Toute une Vie d’amour », Sophie et Jacques Mercier, Editions Academia, 112 pp, 13 €.